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Coup de cœur business · 14 août 2026
OYABI KAMA · OKÂ

OYABI KAMA · OKÂ

La science du soin, l'héritage du geste.

Après une carrière de plus de 25 ans dans le management commercial et marketing, Ginette N'Koua a choisi d'entreprendre dans un univers à la croisée du bien-être, des plantes et de la transmission familiale. Avec OYABI KAMA · OKÂ, elle développe aujourd'hui une marque d'aromathérapie en Côte d'Ivoire, avec une ambition qui dépasse la commercialisation de produits : structurer progressivement une chaîne de valeur africaine, du producteur au consommateur.

Entretien avec Ginette N'Koua, Fondatrice, OYABI KAMA

Vous avez quitté plus de 25 années de carrière professionnelle pour créer OYABI KAMA. Pourquoi ?

OYABI KAMA est née d'une rencontre entre mon histoire personnelle et mon expérience professionnelle.

J'ai grandi auprès de femmes qui utilisaient les plantes naturellement.

Ma grand-mère, ma mère, puis mes sœurs ont été les gardiennes de gestes, de recettes et de pratiques transmis dans la famille.

Pendant longtemps, cet héritage a coexisté avec ma vie professionnelle sans que je fasse réellement le lien entre les deux.

Après plus de 25 années passées dans le management d'équipes commerciales et marketing, j'ai eu envie de construire quelque chose qui me ressemble davantage et que je puisse transmettre à mon tour.

Je me suis formée à l'aromathérapie. J'ai commencé à étudier les huiles essentielles, puis à formuler mes premières synergies. C'est ainsi qu'est née OYABI KAMA.

Et très vite, mes enfants et mes sœurs sont entrés dans l'aventure. L'une de mes filles travaille sur la communication et transforme les idées en contenus.

L'un de mes fils apporte son regard business et commercial. Un autre structure les outils de suivi des coûts, des ventes et des marges. Mon fils photographe construit l'univers visuel de la marque.

OYABI KAMA est donc une entreprise, mais c'est aussi une aventure familiale et une histoire de transmission.

Qu'est-ce qui différencie OYABI KAMA des nombreuses marques naturelles présentes sur le marché ?

Nous ne voulons pas être une marque qui ajoute simplement quelques huiles essentielles à des produits cosmétiques. Notre point de départ est l'usage.

Comment accompagner un moment de stress ? Comment créer un rituel du sommeil ? Comment accompagner la concentration, la récupération ou un moment de détente ?

Nous construisons des synergies autour de ces usages, sous différents formats : roll-ons, huiles de massage, brumes ou produits destinés à la diffusion.

Notre deuxième différence est culturelle. L'Afrique possède une histoire extrêmement riche du soin par les plantes.

Mais une partie de cette richesse reste informelle, insuffisamment documentée ou insuffisamment valorisée économiquement.

Je ne veux ni folkloriser cet héritage ni prétendre que tradition et science sont équivalentes.

Mon ambition est de créer un pont : préserver la mémoire du geste, tout en apportant à la formulation, à la sécurité et à la qualité les exigences contemporaines nécessaires.

C'est précisément ce que résume notre signature : « La science du soin, l'héritage du geste. »

Pourquoi pensez-vous que le moment est favorable ?

Parce que le bien-être n'est plus un marché marginal.

Le Global Wellness Institute estime l'économie mondiale du bien-être à 6 800 milliards de dollars en 2024 et anticipe une croissance annuelle moyenne de 7,6 % jusqu'en 2029.

Mais derrière ces chiffres mondiaux, je vois surtout une transformation des comportements.

Les consommateurs veulent mieux comprendre ce qu'ils utilisent. Ils recherchent de la naturalité, mais aussi de la transparence, de la sécurité, de la traçabilité et une histoire à laquelle ils puissent s'identifier.

Et en Afrique, il existe une autre opportunité : nous disposons de ressources végétales, de producteurs et de savoir-faire, mais nous captons encore insuffisamment la valeur créée autour de ces ressources.

C'est là que le projet OYABI KAMA devient plus intéressant économiquement.

Justement, votre ambition dépasse désormais la marque elle-même ?

Oui. Je vois OYABI KAMA autour de trois métiers complémentaires.

Le premier est évidemment la marque : concevoir et commercialiser des solutions d'aromathérapie et des rituels de bien-être.

Le deuxième est l'éducation à l'aromathérapie. Vendre une huile essentielle sans expliquer son usage, ses limites et ses précautions n'a pas de sens pour moi.

Nous voulons progressivement développer des ateliers, des contenus pédagogiques et des programmes destinés au grand public, mais également aux spas, professionnels du bien-être, hôtels, concept stores et distributeurs.

L'enjeu est de faire entrer l'aromathérapie dans le parcours du bien-être quotidien : comprendre le produit, comprendre le geste et apprendre à l'utiliser correctement.

Et le troisième pilier est probablement celui qui porte notre plus grande ambition à long terme : le développement d'un sourcing africain structuré d'huiles essentielles.

Que signifie concrètement ce sourcing africain ?

Cela signifie commencer par regarder ce que nous pouvons réellement produire en Afrique, plutôt que d'affirmer que tout doit immédiatement être produit localement.

Nous travaillons donc sur l'identification de producteurs, de coopératives et de projets existants dans plusieurs pays africains.

À terme, nous voulons pouvoir contractualiser avec des producteurs de plantes aromatiques, travailler avec des unités de distillation compétentes et imposer un cahier des charges portant notamment sur la traçabilité et le contrôle analytique des huiles obtenues.

Le modèle peut ensuite évoluer. D'abord acheter auprès de producteurs africains répondant à nos exigences. Ensuite accompagner certaines filières.

Et, si les volumes le justifient, participer au développement d'outils de transformation et de distillation.

Je ne veux pas construire une distillerie pour pouvoir dire que nous possédons une distillerie.

Je veux construire une chaîne de valeur lorsque l'économie du projet le justifiera. C'est une différence importante.

Quel rôle pourraient jouer les coopératives agricoles ?

Un rôle central. La qualité d'une huile essentielle commence bien avant la distillation : choix botanique, conditions culturales, moment de récolte, traitement de la biomasse, stockage et traçabilité.

Un partenariat bien construit peut donc créer un débouché supplémentaire pour les producteurs tout en sécurisant l'approvisionnement de la marque.

Mais je veux éviter un modèle dans lequel l'Afrique produit la matière première et où l'essentiel de la valeur est créé ailleurs.

La question que nous posons est : comment conserver davantage de valeur sur le territoire, depuis la plante jusqu'au produit fini ?

C'est là que se trouve, à mes yeux, une véritable opportunité économique.

OYABI KAMA est-elle déjà uniquement au stade du concept ?

Non, et c'est important. La marque existe, les produits existent et nous avons commencé à confronter l'offre au marché.

Nous avons notamment participé à différents événements commerciaux en Côte d'Ivoire et en France et engagé une démarche B2B, notamment dans l'univers du spa.

Certaines formulations ont également fait l'objet de contrôles microbiologiques en laboratoire.

Nous sommes donc dans une phase charnière : nous avons dépassé le stade de l'idée, mais nous devons maintenant structurer le passage à l'échelle.

C'est précisément le moment où un partenaire financier peut apporter beaucoup plus que du capital.

De quoi avez-vous besoin aujourd'hui pour changer d'échelle ?

Notre enjeu n'est pas de lever des fonds simplement pour communiquer davantage.

Nous devons financer des actifs qui augmentent réellement notre capacité à vendre et à produire : stock de matières premières et de packaging, équipement, organisation de la production, conformité, développement commercial, acquisition clients et structuration progressive du sourcing africain.

Nous voulons également disposer d'un espace capable d'être à la fois un lieu de travail, de présentation de la marque, d'expérience client et, à terme, d'éducation à l'aromathérapie.

Notre logique est simple : chaque franc investi doit soit augmenter notre capacité de production, soit accélérer notre distribution, soit renforcer un avantage concurrentiel.

Quel modèle économique voulez-vous construire ?

Un modèle hybride.

Le B2C nous permet de construire la marque, de connaître directement nos clients et de conserver une marge intéressante.

Le B2B doit permettre d'apporter du volume et de la récurrence à travers les spas, parapharmacies, concept stores, hôtels et autres professionnels du bien-être.

Nous développons également des partenariats autour de rituels professionnels. À terme, l'éducation et le sourcing peuvent devenir deux briques supplémentaires de l'écosystème.

L'intérêt de ce modèle est que la même expertise, l'aromathérapie, nourrit plusieurs sources de création de valeur.

Que diriez-vous aujourd'hui à un investisseur qui découvre OYABI KAMA ?

Je ne lui dirais pas que tout est déjà construit. Ce serait faux, et ce ne serait d'ailleurs pas une opportunité d'investissement.

Je lui dirais que nous avons identifié un territoire de marque, développé les premiers produits, commencé leur commercialisation, ouvert des pistes B2B et posé une vision beaucoup plus large de la chaîne de valeur.

L'investissement doit maintenant permettre de démontrer la capacité de ce modèle à changer d'échelle.

Mais surtout, je lui poserais une question : pourquoi l'Afrique devrait-elle rester essentiellement un territoire de matières premières et un marché de consommation, alors qu'elle peut également créer les marques, les formulations, les standards, les usages et la valeur ?

C'est cette conviction qui porte OYABI KAMA. Notre ambition n'est pas de devenir une petite marque locale supplémentaire.

Nous voulons construire, depuis l'Afrique, une marque d'aromathérapie capable de maîtriser progressivement trois maillons de la valeur : le produit, la transmission du savoir et le sourcing.

Et demain, lorsque l'on parlera d'aromathérapie africaine contemporaine, nous voulons qu'OYABI KAMA fasse partie des entreprises qui auront contribué à construire ce marché.

OYABI KAMA en une phrase

Transformer la richesse aromatique africaine en produits, en savoir et en valeur économique, et faire en sorte qu'une part croissante de cette valeur reste en Afrique.

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